Traitement de l’obésité, le contenu de l’assiette aussi s’adapte
Bénéficier des nouveaux traitements médicamenteux de l’obésité (liraglutide/Saxenda, sémaglutide/Wegovy, tirzépatide/Mounjaro), cela n’est pas uniquement réaliser des injections quotidiennes ou hebdomadaires et le tour est joué. Pour favoriser la perte de poids comme pour gérer les effets secondaires digestifs fréquents -les nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales voire reflux gastro-œsophagien – les personnes sous médicaments de la famille des agonistes GLP1 indiqués dans le traitement de l’obésité doivent aussi adapter le contenu de leur assiette, soulignent les experts du Groupe de Concertation et de Coordination des Centres Spécialisés de l’Obésité (GCC-CSO) et le réseau FORCE dans leur référentiel sur l’obésité de l’adulte publié fin 2025. Point positif pour les y aider, ces médicaments ont tendance à diminuer l’attirance pour les aliments gras et sucrés.
Comment adapter ses repas sous traitement médicamenteux contre l’obésité ?
Lorsque l’on prend des médicaments contre l’obésité, il est fréquent que la taille des portions diminue. Toutefois, il est indispensable de conserver au moins deux vrais repas par jour (idéalement 3). Si besoin, il peut être utile de les fractionner, c’est-à-dire de consommer certains éléments (comme le laitage ou le fruit) à distance du plat principal.
Prendre son temps lors des repas est important, au moins 20 minutes, en mastiquant bien chaque bouchée et en étant attentif à ses sensations alimentaires : manger lorsque l’on ressent la faim et s’arrêter dès les premiers signes de satiété, avant tout inconfort digestif.
Et, point essentiel, l’apport en protéines doit être suffisant. Celles-ci peuvent provenir de la viande, du poisson, des œufs, des produits laitiers, des fromages ou des légumineuses (mais pas des produits carnés transformés). L’objectif quotidien se situe au-delà de 60 g de protéines, avec une référence de 1,5 g par kilogramme de poids ajusté et par jour. Cette cible peut être augmentée chez les personnes âgées ou après une chirurgie bariatrique.
Quant aux besoins énergétiques, chez la femme, il est recommandé de ne pas descendre en dessous de 1 200 à 1 500 kcal par jour et chez l’homme, le minimum conseillé est de 1 500 à 1 800 kcal par jour.
Les experts insistent sur l’hydratation, au minimum 1,5 litre d’eau par jour, réparti sur l’ensemble de la journée, en évitant de boire pendant les repas.
Sous traitement médicamenteux de l’obésité, il est conseillé de privilégier certains groupes d’aliments et d’en éviter d’autres :
– fruits, légumes : il s’agit d’atteindre 21-25g de fibres chaque jour pour les femmes, 30-38g pour les hommes ;
– céréales complètes, avec la cible de 130-250 g/jour ;
– protéines maigres (comme le poisson, la volaille ou les œufs) ;
– noix, graines ;
– huiles de qualité telles que l’huile d’olive, de sésame ou d’avocat… La cible de matières grasse est de 27-58g de graisses/jour ;
– à l’inverse, la consommation de glucides raffinés (présents notamment dans les farines et céréales raffinées du pain blanc, pâtes blanches, riz blanc, pâtisseries) est à limiter, ainsi que celle de boissons sucrées, de charcuteries, de produits de type fast-food, de confiseries et de snacks.
Perte pondérale trop rapide, vigilance
Attention car dans certains cas, la perte de poids peut être trop rapide. Ceci peut survenir du fait d’une grande efficacité du médicament. Autre cas de figure, la personne ne s’alimente plus suffisamment sous l’effet des médicaments qui provoque chez elle une moindre appétence pour le gras et le sucre. Autre raison, un trouble du comportement alimentaire dit “restrictif” peut aussi se manifester (« anorexie induite »). Ces trois situations exposent à des carences. Le professionnel de santé pourra alors envisager une diminution, une suspension et même un arrêt du traitement, tout en corrigeant les carences. Concrètement, une perte de poids de 10 % à 3 mois ou de 20 % à 6 mois doit être considérée comme une situation à risque de carences.
Quelles supplémentations envisager ?
Les suppléments protéiques sont à envisager lorsqu’il y a une forte diminution des apports alimentaires ou en présence d’un risque accru de perte musculaire (sarcopénie). Il est alors recommandé de privilégier des portions contenant entre 15 et 20 grammes de protéines.
Il est aussi important de garantir des apports adéquats en micronutriments. Le médecin veillera particulièrement aux vitamines du groupe B (B9, B1, B12, B6, B2) ainsi qu’aux vitamines liposolubles (A, D, E, K). Une supplémentation en vitamine D, en calcium ou en multivitamines peut être envisagée si nécessaire.
Pour une surveillance rapprochée des personnes sous traitement contre l’obésité, il est recommandé de prévoir une consultation systématique à 3, 6 et 12 mois, réalisée par le prescripteur initial ou le médecin généraliste. Lors de ces rendez-vous, un bilan biologique complet doit être effectué, incluant l’albumine, la numération formule sanguine, l’ionogramme, la créatinine mais aussi un bilan hépatique, idéalement de façon trimestrielle.
En cas de suspicion d’anémie, le médecin recherchera une éventuelle carence en fer, en vitamines B9 et B12, et instaurera une supplémentation spécifique. Enfin, la survenue de vomissements induits par le traitement doit amener à éliminer le risque de carence en vitamine B1.