Réchauffement climatique : le corps humain plus vulnérable qu’on ne le croyait ?
Des seuils de tolérance humaine à la chaleur finalement moins élevés qu’on ne le croyait. Selon des travaux menés par l’unité de recherche sur la physiologue environnementale et humaine (Hepru) de l’université d’Ottawa (Canada), les capacités du corps à maintenir une température corporelle stable en condition de chaleur et d’humidité extrêmes seraient en réalité moins élevées qu’on ne le croyait.
C’est quoi le « thermomètre mouillé » ?
L’indice de « thermomètre mouillé » ou « thermomètre humide » (wbgt – TW – de l’anglais wet-bulb globe température) sert à estimer les effets de la température, du rayonnement solaire et de l’humidité sur le corps humain. Selon cette mesure, une personne en bonne santé risque de mourir après quelques heures passées à 35° TW (avec, donc, un taux d’humidité saturé à 100 %). Dans ces conditions, le corps ne parvient plus à maintenir une température à 37° et passe en surchauffe.
Les résultats de l’étude, publiée dans la revue Pnas le 31 mars 2025, suggèrent que les limites du corps se situent en réalité entre 26° et 31° TW (100 % d’humidité), ce qui correspond à 42 °C et un taux d’humidité de 57 %. Des chiffres donc bien inférieurs à ce qui était attendu.
Un corps qui surchauffe plus tôt que prévu
Selon un protocole d’acclimatation progressif à la chaleur et à l’humidité, 12 volontaires ont été exposés à la chaleur et à l’humidité afin d’évaluer leur point d’inflexion individuel (seuil au-delà duquel leur corps n’est plus capable de se thermoréguler). Puis ils ont chacun été exposés durant 9 heures à « une température humide » plus élevée mais aussi plus basse que leur seuil individuel (32,3° en moyenne).
À 42° C et un taux d’humidité de 57 % – la valeur légèrement au-dessus du seuil individuel moyen -, la température centrale des participants s’est mise à grimper sans discontinuer avec une projection atteignant les 40,2° C en moins de 10 heures. Certains participants n’ont pas pu aller au bout des neuf heures d’exposition.
À une température humide légèrement au-dessous, la température centrale augmentait également mais plus lentement, avec une projection atteignant les 40,2 ° C en plus de 24 heures d’exposition.
Mieux anticiper les risques sanitaires liés au réchauffement climatique ?
« Les conditions dans lesquelles les humains peuvent réguler efficacement leur température corporelle sont en fait plus restreintes que ce qu’indiquaient les modèles antérieurs, souligne Glenn Kenny, directeur de l’HEPRU dans un communiqué de l’université d’Ottawa. Avec la hausse des températures planétaires, cette découverte est vitale. »
Golfe persique, Asie du Sud-Est… Plusieurs régions du monde ont déjà connu et devraient connaître dans un futur très proche des conditions de chaleur et d’humidité extrêmes plus fréquentes. « Nos résultats arrivent à point nommé, étant donné que les estimations de la capacité de thermorégulation sont de plus en plus intégrées aux modèles climatiques à grande échelle », ajoute Robert D. Meade, chercheur.
Les auteurs espèrent que leur découverte soit considérée pour prendre les mesures de santé et de protection les plus adaptées possibles face au réchauffement climatique. « En intégrant les données physiologiques aux modèles climatiques, nous espérons mieux prédire les problèmes de santé dus à la chaleur et nous y préparer », conclut Glen Kenny.