Pancréas artificiel : deux ans de diabète sous contrôle
Le remboursement par la Sécurité sociale du pancréas semi-artificiel (boucle fermée) fin 2021 a bouleversé la vie des personnes vivant avec un diabète de type 1. Depuis, nombreuses sont celles en France qui s’équipent de ce dispositif, prescrit par les diabétologues. Ce système tout-en-un mesure en continu la glycémie, une donnée ensuite analysée par un algorithme d’intelligence artificielle qui ajuste automatiquement l’administration d’insuline via une pompe, afin de maintenir la glycémie dans la cible. On parle de pancréas semi-artificiel, car les patients doivent encore indiquer à la machine les glucides ingérés lors des repas ainsi que toute activité physique intense.
Les résultats des essais cliniques avec les différents modèles de pancréas semi-artificiel sont très positifs. Mais des essais cliniques à la vraie vie, il y a parfois un gouffre. C’est pourquoi, afin d’évaluer en conditions réelles l’efficacité du pancréas semi-artificiel, mais aussi l’observance, les effets indésirables et les causes d’arrêt, un observatoire a été créé en 2023 : OB2F (Observatoire de la Boucle Fermée en France). Il regroupe 72 centres et suit plus de 2700 patients, adultes et enfants.
La glycémie sous contrôle à 2 ans
Les premières données mondiales sont donc françaises, dévoilées le 27 mars en avant-première, en amont du congrès de la Société francophone du diabète (SFD, Paris, 1er-4 avril 2025).
« À deux ans d’utilisation de la boucle fermée en France, il est possible d’affirmer que ce dispositif est efficace pour contrôler le diabète, indique le Pr Jean-Pierre Riveline, endocrinologue et diabétologue (CHU Lariboisière, Paris). L’hémoglobine glyquée (HbA1c), qui reflète la glycémie sur trois mois, est bien contrôlée dans toutes les tranches d’âge, aussi bien chez les enfants que chez les plus de 65 ans. Les patients, dont l’HbA1c était en moyenne de 7,6 % au départ, se maintiennent à 7 % en moyenne après deux ans, témoignant d’un contrôle satisfaisant de la maladie. »
Un autre paramètre essentiel : le temps passé dans la cible de glycémie (définie entre 0,70 et 1,80 g/L), est également jugé satisfaisant, passée de 60 % en moyenne au début de l’étude à 70 % (l’objectif jugé « satisfaisant ») à deux ans.
Avec moins d’hypoglycémies sévères
Concernant la survenue d’événements aigus liés au diabète, tels que les hypoglycémies sévères et les acidocétoses (des complications graves de l’hyperglycémie), le dispositif permet de limiter ces risques redoutés par les personnes vivant avec un diabète de type 1.
Le pourcentage de patients ayant présenté plus d’une hypoglycémie sévère au cours de l’année précédente est passé de 4,1 % à 1,5 %. De même, le pourcentage de patients ayant connu plus d’un épisode d’acidocétose sur l’année a diminué de 1,2 % à 0,8 %.
« L’efficacité métabolique de la boucle fermée est importante, résume le Pr Riveline. Parallèlement, le nombre d’hypoglycémies sévères et d’épisodes d’acidocétose a fortement diminué. C’est tout bénéfice. Une petite minorité continue cependant à avoir ces complications aiguës du diabète. »
A 2 ans : 92 % des patients sont toujours sous boucle fermée
L’adhérence au dispositif est nette, avec 92 % de patients toujours équipés après deux ans. Les personnes diabétiques ne semblent donc pas rebutées par la technicité du dispositif et semblent le conserver probablement pour l’allègement de la charge mentale qu’il apporte dans la gestion de la maladie.
Seule une petite minorité de patients a interrompu l’utilisation du système, et la plupart d’entre eux l’ont repris par la suite.
« Ce dispositif high-tech est fiable en plus d’être efficace. Cette avancée majeure améliore à la fois le pronostic et la qualité de vie des personnes concernées », estime le diabétologue.
Un grand besoin d’accompagnement thérapeutique
Toutefois, 50 % des adultes équipés de la boucle fermée n’atteignent pas encore tout à fait la cible glycémique. Un accompagnement structuré, combinant éducation thérapeutique du patient (ETP) et suivi régulier, reste indispensable. De plus, des avancées technologiques sont prochainement attendues, notamment l’amélioration des algorithmes d’intelligence artificielle et la miniaturisation des dispositifs.