Arthrose du genou : bientôt une thérapie cellulaire à base de cellules gingivales ?
L’arthrose est une maladie articulaire dégénérative caractérisée par la dégradation progressive du cartilage, responsable de douleurs, de raideur articulaire et d’une limitation fonctionnelle. 10 millions de Français sont concernés dont 65 % des plus de 65 ans. À ce stade, aucun traitement curatif n’existe et sa prise en charge reste encore essentiellement symptomatiques : les options thérapeutiques disponibles, incluant médicaments agissant sur l’inflammation (anti-inflammatoires non stéroïdiens- AINS) et infiltrations de corticoïdes, voire injections d’acide hyaluronique, visent uniquement à soulager les symptômes sans agir sur les mécanismes responsables de la maladie. C’est pourquoi, depuis de nombreuses années, des greffes de cellules injectées directement dans l’articulation sont menées à titre expérimental. Elles ont pour objectif de réparer les lésions cartilagineuses, voire de remplacer le cartilage. Ces stratégies relèvent de la thérapie cellulaire ou de l’ingénierie tissulaire. La thérapie « aGF » (pour allogenic Gingival Fibroblast), brevetée par de la start-up biotech SCARCELL, en est une.
La bonne idée d’utiliser des fibroblastes gingivaux
La thérapie « aGF » utilisée dans un nouveau protocole de soins contre la gonarthrose, vient de permettre, d’après un communiqué de la start-up biotech publique-privée française SCARCELL, de favoriser leur survie et d’agir pendant plusieurs mois au sein de l’articulation arthrosique des receveurs. Cela a été possible grâce à l’injection unique dans l’articulation du genou de fibroblastes (jeunes cellules du tissu conjonctif) de la gencive d’un donneur etsans qu’il soit nécessaire d’administrer des médicaments immunosuppresseurs pour atténuer la réaction immunologique de l’organisme hôte.
Car les cellules gingivales présentent un grand intérêt. Outre leurs très bonnes capacités de régénération, elles possèdent aussi « des propriétés d’immunotolérance exceptionnelles », selon le Pr Antoine Lafont, enseignant à l’Université Paris Cité et fondateur de SCARCELL. Ainsi, ces cellules issues d’un donneur ne sont pas rejetées par le système immunitaire du patient, contrairement à d’autres types de cellules souches habituellement employées, comme les cellules pluripotentes induites ou les cellules souches embryonnaires.
1 injection intra-articulaire, 4 effets
Dans cet essai clinique mené à l’hôpital universitaire d’Oxford, au Royaume-Uni, la thérapie cellulaire à base de fibroblastes gingivaux a pu agir sur les quatre effets majeurs de la maladie, grâce à la survie des cellules aGF : destruction du cartilage, inflammation articulaire, perte de mobilité et douleur. Ainsi, cette thérapie cellulaire s’est montrée capable d’inhiber l’inflammation, de protéger les chondrocytes contre l’apoptose (la mort cellulaire programmée) et d’améliorer la sécrétion de la matrice extracellulaire afin de restaurer la production de cartilage. Pour précision, les chondrocytes sont les cellules du tissu cartilagineux responsables de la synthèse et de l’entretien de la matrice extracellulaire (collagène, protéoglycanes) qui confère au cartilage sa résistance et sa flexibilité.
De plus, cette nouvelle thérapie cellulaire semble également capable d’inhiber la destruction du cartilage et de stopper la douleur en bloquant le signal nociceptif (celui qui atteint le cerveau), grâce à la sécrétion d’une glycoprotéine appelée TIMP1.
Et tout cela, avec un recul de plus d’un an après l’injection. Un effet complet qui, à ce jour, n’a pas été reproduit par d’autres types de thérapies cellulaires dans l’arthrose.
Avant d’être appliquée à l’homme, des études précliniques avec la thérapie aGF ont été réalisées chez des animaux de compagnie dont des chiens et des chevaux de course atteints d’arthrose sévère. Ceci a permis de valider à la fois la sécurité et l’efficacité à long terme, supérieure à deux ans, d’une injection unique.
Ces nouveaux résultats positifs proviennent d’un essai clinique de phase Ib*, c’est-à-dire que nous en sommes au début des recherches chez l’homme.
* Les critères d’évaluation portaient sur la sécurité et l’efficacité du traitement concernant la douleur du genou et la récupération de la marche.